Enquête: l’application Pumpkin

Sujet et Enjeux

Nous avons décidé de prendre comme sujet du projet d’exploration la plateforme de paiement en ligne Pumpkin, afin d’étudier la (paradoxale ?) double fonction économique et sociale de ce genre d’applications mobiles, qui se développent de plus en plus. 

Pumpkin étant l’application utilisée dans le paiement des événements organisés par SciencesPo et entre étudiants, cette étude de cas nous est venu naturellement à l’esprit, et nous semblait être la plus pratique à étudier, car accessible autant du côté des utilisateurs que de celui des gestionnaires.

Pumpkin est une start-up française créée en 2014, qui permet le remboursement entre proches. Via son application mobile, les échanges d’argent sont rapides et immédiats. Pumpkin est définie ainsi par ses créateurs comme « l’application mobile instantanée, gratuite et 100% sécurisée pour le paiement entre potes ». 

Le principe est simple : lors du téléchargement de l’application, l’utilisateur entre son IBAN pour transférer de l’argent de son compte bancaire vers le portemonnaie Pumpkin, afin de pouvoir transférer de l’argent à ses proches. L’utilisateur peut également associer sa carte bancaire à la plateforme afin que lors des remboursement, l’argent soit directement débité depuis son compte bancaire. Lorsque de l’argent est versé à l’utilisateur, il est gardé sur l’application afin de pouvoir être réutilisé mais il peut aussi être transféré vers le compte en banque de l’utilisateur. 

A l’heure actuelle, l’application revendique plus de 900 000 membres. Son succès est notamment dû au fait qu’elle est 100% gratuite à l’installation, sans frais sur les petites transactions, et permet des remboursements instantanés. 

En 2014, lors d’un entretien au journal La Tribune, Hugo Sallée de Chou, l’un des trois fondateurs de Pumpkin, a résumé l’intérêt de la plateforme en expliquant que

« [l’]application décomplexe l’échange d’argent entre proches ».

A travers cette citation, on peut facilement entrevoir les enjeux soulevés par le sujet, qui réside dans la dualité entre une fonction sociale d’un côté, avec le fait de décomplexer une action entre proches, et de l’autre une fonction économique clairement définie par l’échange d’argent par interface numérique, qui encourage et facilite les transactions. 

De plus, il peut-être intéressant d’observer si le discours porté par les concepteurs de Pumpkin se matérialise à travers l’application (exemple du tutoiement) et voir si les utilisateurs perçoivent ce même discours lors de leur utilisation de l’application.

  • S’agit-il d’un discours qui ne se retrouve pas dans l’application ?
  • Ou peut-être ce discours n’est-il pas retrouvé par les utilisateurs?

Dès lors, nous avons défini comme telle la problématique qui guidera nos recherches durant le projet :

Dans quelle mesure les objectifs portés par Pumpkin à travers leur plateforme et leur discours sont-il assimilés par les utilisateurs comme s’inscrivant dans une double perspective économique et sociale ?

Hypothèses

Lorsqu’on s’intéresse à la fonction sociale, une distinction peut être établie entre ce qui se passe sur la plateforme même, et en dehors. 

En effet, dans l’application, on perçoit facilement un côté « réseau social » grâce à une fonctionnalité permettant de laisser des commentaires accompagnant les transactions, d’abord à l’intention de la personne qui reçoit le virement, mais également visibles dans un fil d’actualité par des utilisateurs en communs.

De plus, le tutoiement et la familiarité de mise entre les gestionnaires de la plateforme et les utilisateurs peut permettre de faciliter les relations sociales. Il est souvent dit que « les bons comptes font les bons amis », il pourrait donc être intéressant de déterminer si l’application favorise et facilite les relations sociales en luttant contre l’embarras. En effet, on peut imaginer des situations gênantes lorsqu’il s’agit de réclamer de l’argent après avoir avancé les frais pour un voyage, de collecter de l’argent pour un cadeau, ou encore la peur de paraître radin lorsqu’il s’agit de régler un repas… 

Il est également nécessaire d’étudier cet aspect social en vérifiant si les échanges d’argent se cantonnent aux amis ou bien si l’application permet de dépasser le cadre amical et la sphère du « paiement entre potes » pour se développer au sein de la famille, ou entre collègues de travail.

Enfin, il faudrait savoir quelles situations sont les plus propices à l’utilisation de Pumpkin : l’addition du resto à partager, le collègue qui va chercher le déjeuner, les cadeaux communs, la baby-sitter, les bières après le bureau, les billets de trains du week-end de copains, les covoiturages, tous les frais de la collocation, les taxis de retour de soirée, l’argent de poche des enfants, les courses au supermarché…

La plateforme semble convaincre les utilisateurs de s’inscrire en insistant beaucoup sur ces fonctions sociales de l’application. On peut dès lors également se poser la question de la perception des utilisateurs : 

L’application Pumpkin est-elle considérée comme un simple porte-monnaie en ligne, un moyen de renforcer (voire créer) du lien social, ou les deux ?

Si l’on part du principe que l’application possède une véritable fonction sociale en décomplexant les échanges d’argent, il faudrait de plus déterminer dans quelle mesure la plateforme favorise et accroît les interactions économiques entre utilisateurs. 

En effet, si les individus ne sont plus gênés pour réclamer de l’argent, on peut imaginer qu’ils n’hésiteront plus pour faire des cadeaux communs, ou bien qu’ils iront plus souvent au restaurant car même si quelqu’un n’a pas d’argent sur lui, il sait que les modalités de remboursement seront simples. 

 L’application favorise-t-elle ainsi les échanges économiques en améliorant les relations sociales ?

Méthodologie et terrains

Pour obtenir des résultats les plus satisfaisants possibles, il faudrait à la fois questionner les concepteurs et les utilisateurs pour voir quels sont les différents objectifs d’utilisations et analyser leurs interviews

Pour ce faire, il pourrait être utile d’organiser une interview des concepteurs ou de certains gestionnaires de l’application pour connaître les objectifs de la plateforme. 

  • Quelles sont les tensions entre fonctions économiques et sociales ? 
  • Pumpkin a-t-elle pour but d’être un simple porte-monnaie en ligne ? 
  • Quels retours les gestionnaires reçoivent-ils des utilisateurs ? 
  • Utilisent-ils eux-mêmes l’application ? 
  • Quelles sont les situations à l’origine de la mise en place de la plateforme ? 

Il faudrait ensuite analyser le fonctionnement réel de l’application, d’un point de vue technique, économique, et social. L’analyse du design de la plateforme pourrait alors une bonne entrée dans le sujet. 

  • Possibilité d’identification
  • L’application cadre les choix des utilisateurs, en valorisant certaines activités
  • Arborescence du site (comment sont organisées les rubriques, comment cela oriente-t-il les utilisateurs)
  • Application qui permet d’agir sur les contenus
  • Application qui permet d’agir entre internautes (possibilités d’échanges), design avec un effet dynamique sur les échanges
  • Principe de modération
  • Faire agir et interagir
  • Utilisation de l’application selon des stratégies individuelles indépendantes de celles des concepteurs. 

Il nous semble également faisable (et souhaitable) de mettre en place au sein de SciencesPo un questionnaire en ligne pour connaître les habitudes des utilisateurs et leurs attentes.

  • Dans quelles situations utilisent-ils la plateforme ?
  • A quelle fréquence ?
  • En sont-ils satisfaits ?
  • Porte-monnaie en ligne ou « réseau social » ?
  • Les utilisateurs ont-ils déjà ressenti de l’embarras lorsqu’ils réclamaient de l’argent ?  
  • La plateforme permet-elle de faciliter voire de renforcer les liens sociaux en évitant les situations embarrassantes ? 
  • La plateforme est-elle également utilisée dans le cadre de la famille ou du travail ? Les utilisateurs ont-ils contribués à l’exportation de l’usage de Pumpkin en dehors du cadre de SciencesPo ?

Ainsi, pour répondre à notre problématique, nous utiliserons trois différentes sources de données:

Dans un premier temps, nous nous concentrerons sur le questionnement des concepteurs pour voir quels sont les différents objectifs d’utilisations grâce à l’analyse de leurs interviews (articles de journaux, blogs…).

Dans un second temps, nous analyserons le fonctionnement réel de l’application à travers l’analyse du design de la plateforme pour étudier la traduction du discours dans l’application.

Enfin, nous avons mis en place au sein de Sciences Po un questionnaire en ligne pour connaître les habitudes des utilisateurs, leurs exigences et leurs utilisations de Pumpkin afin de mieux comprendre la perception du discours et sa modulation par les utilisateurs.

Le discours de Pumpkin

Il ne nous a malheureusement pas été possible de contacter directement les concepteurs de la plateforme. Cependant, à travers l’analyse du discours de Pumpkin via les articles de journaux, les blogs et les interviews, il est possible d’établir une dualité au sein de l’application entre fonction sociale, et fonction économique.

Analyse du discours de Pumpkin pour connaître les objectifs de la plateforme

L’application qui “décomplexe l’échange d’argent

On note en premier lieu une fonction sociale de l’application qui apparaît comme un réseau social, dont les objectifs sont la lutte contre l’embarras et le renforcement des relations sociales

“ réseau social de paiement “
“ en rendant le paiement plus convivial “
“ notre application décomplexe l’échange d’argent entre proches “
“ fun et ludique “
“ effacer les douleurs liés aux échanges d’argent “
“ développement de la communauté organique “


…Se transforme en néo-banque avec son rachat par le Crédit Mutuel Arkéa en 2017 : 

La fonction économique de Pumpkin reste néanmoins importante

“ ténor du paiement mobile communautaire “

“ maillage du territoire français “

“ 10 millions d’euros de transactions par mois “

“ levée de fonds “

“ croissance “

objectif d’une “ carte de paiement comme dans n’importe quelle banques “

“développement en Europe “

Aujourd’hui, Pumpkin semble utiliser son ADN (fonction sociale, lutte contre l’embarras) pour révolutionner le monde de la banque en voulant rompre avec l’image traditionnelle de cette dernière, et ainsi rendre la banque plus ou moins conviviale.  

La traduction du discours

Le discours des gestionnaires et concepteurs de Pumpkin se traduit au niveau du design du site de la plateforme, et de l’application en elle-même. Nous avons ainsi étudié la stratégie de communication et de marketing de la start-up afin de voir comment ses objectifs se traduisaient dans sa présentation.

Sur le site internet :

  • Simplicité : pas de menu, on a juste à défiler pour changer de rubrique, l’utilisation est assez intuitive
  • Code couleur : bleu et rose

D’abord, les concepteurs nous expliquent ce qu’est l’application et pourquoi il faut la télécharger. Ensuite, ils utilisent quelques chiffres et quelques commentaires positifs qui viennent compléter la description de l’application. Puis, on nous explique que c’est un groupe français qui a créé l’identité sonore de Pumpkin : les concepteurs encouragent ceux qui le veulent à proposer leur musique pour tenter de gagner une rencontre avec le duo.

Pour le contact, la plateforme fait référence à l’utilisation d’application dites jeunes, comme Messenger ou WhatsApp, et offrent la possibilité de chatter avec l’équipe.

Ainsi, le design semble parfaitement traduire le discours, pour renforcer l’idée de réseau social promue par la plateforme. On retrouve notamment comme procédés stratégiques l’utilisation de couleurs « accueillantes », d’émoticônes, du langage familier et du tutoiement pour rapprocher l’application des utilisateurs.

Cependant le site ne traduit que la partie la plus ‘sympa’ du discours en effaçant le rapport à la banque.

D'après l'analyse des nombreux articles qui ont été lus, nous avons remarqué cet oubli, interprété comme volontaire. Comme on a pu le voir, Pumpkin souhaite révolutionner notre rapport à l’argent en décomplexant les échanges économiques, et souhaite se séparer de l’image complexe, distante, et répulsive souvent associée aux banques. Lors de nos recherches, nous avons appris que l’application avait été rachetée l’année dernière par… le Crédit Mutuel Arkéa, branche du Crédit Mutuel, première banque mutualiste française avec près de 30 millions de clients et un PNB supérieur à 15 milliards d’euros par an. On est donc loin d’une application dont le simple but est de décomplexer l’échange d’argent. 

Le rachat de Pumpkin semble s’inscrire dans une volonté de redorer l’image de la banque (comme ce fut le cas par exemple avec le rachat de la cagnotte en ligne Leetchi en 2015).
Ainsi Pumpkin, l’application de «  paiement entre potes » semble s’être muée en néo-banque véhiculant l’image d’un capitalisme sympa afin de renforcer les interactions économiques.

Dans l’application :

Captures d’écran de l’interface mobile de l’application Pumpkin: aspect économique
Capture d’écran de l’interface mobile de l’application Pumpkin: aspect social

L’analyse du design de plateforme permet de comparer le discours porté par Pumpkin, et partiellement traduit sur le site internet.

Etant donné que l’application permet le paiement en ligne, il est évident qu’elle est en partie axée sur la fonction économique avec le compte, le solde, l’historique des paiements l’IBAN, la possibilité d’entrée une carte bancaire pour augmenter la capacité de paiement, la possibilité de transférer de l’argent vers sa banque et enfin l’ardoise qui permet à Pumpkin de calculer les dépenses.

Contrairement au site internet, le Crédit Mutuel Arkéa est mentionné dans l’application en tant que partenaire pour les cartes bancaires.

Un fil d'actualité personnel répertorie sur la page d'accueil, sous la fonction "Payer ou Demander de l'argent", les transactions personnelles (argent envoyé ou reçu). Y sont indiquées le montant exact de la transaction et les commentaires associés, ce qui permet de garder un oeil sur ses dépenses, et de vérifier très facilement quelles transactions ont été réalisées récemment. 

« Fatigué(e) de devoir payer ou réclamer un abonnement à un(e) pote tous les mois ? Pumpkin s’en occupe pour toi ! »

« Laisse l’Ardoise calculer qui doit quoi ! Faire les comptes devient un jeu d’enfant ! »

On peut voir que l’application agit comme un facilitateur des échanges économiques en soulageant les utilisateurs de procédures parfois complexes. Mais à travers cela, Pumpkin semble éloigner l’utilisateur de son argent puisque que c’est l’application qui le gère. L’argent semble donc être doublement dématérialisé : avec les paiements en ligne et avec la création d’une distance avec l’utilisateur. 

Par conséquent, l’application pourrait encourager la dépense: l’utilisateurs, à travers les stratégies de Pumpkin, pourrait oublier la notion même de l’argent. Mais n’est-ce pas l’objectif ?

Comme on a pu le voir à travers le discours et sa traduction dans le site internet, la fonction sociale occupe également une place prépondérante dans l’application. Cette dernière se manifeste à travers l’utilisation du tutoiement, du langage familier mais aussi la possibilité pour les utilisateurs, d’interagir entre eux lors des échanges d’argent, les rendant moins tabou ou repoussants. La fonction sociale valorisée pourrait alors être une stratégie pour décomplexer l’échange d’argent et ainsi encourager la dépense.

En effet, lors des transferts d’argent, l’utilisateur est invité à laisser un petit message ou « commentaire » accompagnant la transaction. Cela peut servir soit à indiquer ce à quoi la transaction correspond, ainsi il devient plus facile de tenir ses comptes et se remémorer de façon précise à quoi la dépense effectuée était liée, ou bien de laisser un petit message de remerciement ou un commentaire affectueux à l’intention de l’ami qui reçoit le paiement. Cette fonction de message est également proposée lorsqu’on effectue une demande de paiement Pumpkin, c’est-à-dire lorsqu’on demande de l’argent à quelqu’un.

Bien entendu, les commentaires ne seront pas rédigés de la même manière selon la personne à qui la transaction est adressée:

  • Pour un paiement à caractère plus formel (billet pour un événement organisé par une association, transfert à une personne qu’on connait peu, ou à tout autre forme d’institution ou de personne étrangère au « cercle SciencesPo »), les commentaires sont soient absent, soit concernent l’objet de la transaction comme expliqué précédemment.
  • Pour un paiement à caractère informel, le fameux « remboursement entre potes », les commentaires sont souvent plus personnels et accompagnés d’anecdotes ou de formulation plus familières et affectueuses.

Enfin, si l’utilisateur le souhaite, ses transactions peuvent être publiques: il existe en effet sur l’application Pumpkin une interface similaire à ce qu’on pourrait qualifier de « fil d’actualité ». Visible seulement lorsqu’elles concernent des personnes considérées comme amis, c’est-à-dire des personnes avec qui on a déjà réalisé une transaction, il est dès lors possible d’y réagir par un j’aime ou un commentaire comme un réseau social classique. Cependant, bien que l’identité des personnes entre lesquelles des transactions ont été réalisées et les commentaires qui les accompagnent y soient indiquées, le montant n’est pas affiché.

L’échange d’argent reste donc confidentiel, car on ne connait pas la somme dépensée ou demandée par ses amis lorsque les transactions ne nous concernent pas. Cela peut sembler logique, mais il est surprenant qu’on ait accès à ces commentaires plus « personnels », mais pas à quoi ils font concrètement référence.


Ainsi, l’interface et ses possibilités inspirées des codes de communication des réseaux sociaux permettent bien de rendre le transfert d’argent plus décomplexé et ludique. L’argent est dématérialisé, on peut plaisanter sur le sujet, au final ce qui compte n’est non plus le montant mais la petite attention qu’on transmet à l’autre. Cependant, une fois encore, cet objectif n’est atteint que lorsque les personnes concernées ont déjà un certain lien d’intimité. Il n’est pas vérifié que Pumpkin accentue voire crée du lien social, car les utilisateurs en font un usage différent selon l’objet de leur transaction, et à qui elle s’adresse.

La réponse des utilisateurs

Afin de récolter puis d’analyser les données nécessaires à notre enquête, nous avons réalisé un questionnaire en ligne anonyme (afin de garantir plus de liberté et d’honnêteté dans les réponses) à l’attention du public visé par Pumpkin, diffusé dans l’enceinte des groupes Facebook de Sciences Po Reims, puis en les interrogeant directement. Les questions sont orientées en fonction des différents problèmes soulevés par le sujet, afin de nous intéresser cette fois au point de vue des utilisateurs de la plateforme.


Questionnaire à destination des étudiants de Sciences Po

Notre questionnaire en ligne (Google Form) est composé de 18 questions, sous forme de questionnaires à choix multiples où l’utilisateur peut choisir une ou plusieurs réponses, et quelques questions ouvertes ou l’interrogé est amené à porter un avis personnel et à développer un peu plus précisément ses points de vue et ressentis vis-à-vis de l’application.

Nous avons cherché à déterminer les rapports des étudiants avec l’embarras, leur utilisation de Pumpkin, leurs attentes, leur satisfaction, le rapport avec le côté “réseau social”, avec les interactions économiques, leur perception de l’application…

Les réponses à ces questions sont regroupées et analysées par thématiques.


1. La plateforme et l’utilisation qui en est faite

Tous les étudiants interrogés utilisent Pumpkin, et ce de manière régulière, pour toutes les dépenses liées aux événements SciencesPo, puis par extension aux échanges d’argent entre étudiants pour tous les petits gestes du quotidien.

Ainsi, il apparaît qu’elle reste peu utilisée en dehors des échanges amicaux, qui peuvent être définis comme échanges entre des personnes qui se connaissent déjà plus ou moins bien, ici entre étudiants de la même école, parfois amis proches, membres d’une même association, colocataires…


2.Les objectifs de la plateforme et ceux des utilisateurs

Faciliter les transactions économiques

L’objectif de la plateforme, qui est de faciliter les échanges économique semble être atteint de manière satisfaisante. En effet, la majorité des interrogé admet que les échanges d’argent restent un sujet assez tabou, mais que la plateforme Pumpkin aurait un effet positif sur la demande de transactions. Même si plusieurs personnes restent gênées, les transactions économiques sont facilitées dans plusieurs domaines.

L’application semble d’abord intéresser les utilisateurs d’un point de vue économique car il remplit la fonction d’un porte-monnaie virtuel. De plus, les utilisateurs semblent davantage ressentir la lutte contre l’embarras qui s’inscrit dans le discours de Pumpkin.

Fonction sociale de la plateforme

Les résultats semblent plus mitigés concernant l’aspect social de l’échange.

Le design de l’application atteint sa cible, et est reconnu par les utilisateurs comme plaisant. Les codes du réseau social sont facilement identifiés par le public visé.

Cependant, dans l’imaginaire collectif, c’est l’aspect financier qui prédomine: les interrogés ont répondu à l’unanimité ne pas considérer l’application Pumpkin comme un réseau social à proprement parler. En effet, quand on considère la multitude de réseaux qui existent aujourd’hui et leurs objectifs différents (communication rapide, partage, établir une sphère d’influence), on constate que bien souvent la notion d’argent est camouflée, sous forme de publicités sur Facebook par exemple, ou de placements de produits sur Instagram. Le fait que le but de cette application soit directement axée sur l’échange d’argent incite les utilisateurs à le limiter à cette fonction première et à occulter les possibilités sociales offertes par l’application. Elles sont bien présentes et utilisées mais plutôt de manière inconsciente car englobant un mode de communication représentatif de la société actuel, mais il n’est pas clairement établi dans l’intentionnalité de la démarche des utilisateurs. C’est pourquoi Pumpkin ne permet pas de « renforcer le lien social » selon les utilisateurs.

Cependant, l’objectif de dé-complexification de l’échange est relativement bien atteint. Certes, la fonction économique n’est pas occultée par l’aspect social, mais elle est néanmoins facilitée.


3.Les attentes des utilisateurs

Nous avons invité les étudiants à ajouter leur avis et commentaires personnels concernant l’application Pumpkin. Ainsi, il en ressort quelques défauts: bug parfois au niveau des paiements (souvent concernant les transactions importantes), les commissions parfois lourdes prises par l’application qui peuvent en décourager l’utilisation, ou encore un fonctionnement contre-intuitif.

Le service de remboursement est également contesté. Bien qu’il soit assez réactif par email ou par téléphone, les délais sont parfois trop long. Concernant des questions d’argent, cela peut crisper les utilisateurs, surtout étudiants, qui ont parfois besoin de cet argent dans des délais courts.


Question directe à destination des étudiants de Sciences Po

En plus du questionnaire, nous avons décidé d’interroger directement les étudiants de Sciences Po, utilisateurs de Pumpkin, pour connaître leur rapport à l’application en particulier sur le renforcement des échanges d’argent.

Nous leur avons posé cette question :

Pensez que Pumpkin puisse encourager la dépense d’argent ?

La réponse est sans appel: les 10 utilisateurs interrogés ont répondu OUI.

Pour eux, l’application fait oublier que l’on échange de l’argent car elle agit à la place des utilisateurs.

« Il suffit de cliquer, Pumpkin fait le reste et hop, 20€ de transférer sans même y avoir pensé » 

« Evidemment que ça encourage la dépense, on finit même par oublier que c’est de l’argent : on ne le touche pas, on ne le gère pas vraiment, on ne sait plus ce que c’est »

« On se dit qu’on peut dépenser : par exemple, moi, je préfère faire un Pumpkin plutôt que donner de l’espèce, comme ça je n’ai pas l’impression de vraiment payer et de vider mon compte (rire) »

Par conséquent, on peut dire que la stratégie d’encouragement de la dépense semble être celle adopté par Pumpkin pour renforcer les échanges, et cette stratégie semble également être connue des utilisateurs de la plateforme. Néanmoins, cette stratégie ne semble pas être critiquée par les utilisateurs qui y trouve un intérêt : la facilité et un moyen d’éviter l’embarras.

L’application développe une fonction sociale majeure qui peut être perçue comme un moyen de lutter contre l’embarras. Mais derrière cela, se cache une stratégie commerciale : décomplexer l’échange d’argent, jusqu’à faire oublier que l’on échange de l’argent, dans le but d’encourager la dépense et de renforcer les interactions économiques.


Conclusion

Les utilisateurs interrogés semblent comprendre le discours de Pumpkin, notamment sur la fonction sociale, mais semblent s’en désintéresser : ce n’est pas ce qu’ils recherchent à travers l’application. Cependant, malgré cela, l’embarras semble tout de même être une préoccupation centrale concernant les transactions d’argent, partiellement résolue grâce à l’utilisation de la plateforme Pumpkin.


Les utilisateurs semblent davantage être concernés par les intérêts économiques de la plateforme, et son utilisation simple pour le remboursement des proches ou les demandes d’argent entre étudiants.


Pumpkin remplit donc partiellement ses objectifs car elle arrive à véhiculer de manière compréhensible son discours, mais les utilisateurs finissent par s’approprier la plateforme de manière différente pour satisfaire leurs seules exigences économiques.

Le « business model » associatif de Pumpkin

La plateforme Pumpkin est originellement dirigée vers un public jeune, que l’on pourrait nommer « Millenials », de par son principe même.

Pumpkin a, pour attirer et capter un public précis, mis en place un business model basé sur les associations étudiantes partout en France, qui a conditionné un développement rapide durant ses premières années de mise en service.

En effet, en visant les campus des universités et Grandes Écoles françaises par le biais des associations étudiantes, Pumpkin a obligé les étudiants à se munir de leur application pour pouvoir continuer de profiter de la vie étudiante. Pour ce faire, la plateforme a mis en place un principe d’ambassadeur étudiant qui a pour but de démarcher les associations étudiantes du plus grand nombre d’écoles en France pour leur proposer des contrats d’exclusivités. Ces derniers fonctionnent de la manière suivante : les associations offrent le monopole sur les paiements dématérialisés, et en échange Pumpkin verse des rétributions à ces mêmes associations suivant le volume de paiements qu’ils produisent sur la plateforme. 

À Sciences Po, les associations touchent 500€ par tranche de 30 000€ de flux sur la plateforme.

La réussite de ce business model se base principalement sur les difficultés que rencontrent les associations étudiantes lors des prises de paiements. En effet, l’utilisation de monnaie liquide atteint très vite ses limites lorsque le prix de l’événement dépasse des sommes acceptables pour un plafond de retrait médian. Et pour ce qui est de l’utilisation de la carte bancaire, l’accès et l’utilisation d’un terminal de paiement pour une association étudiante ne sont pas forcément aisées, et bien souvent impossibles. Dès lors, les associations étudiantes sont largement dépendantes de l’utilisation d’une plateforme telle que Pumpkin, qui facilite grandement le processus de prise de paiements.

Par ailleurs, il est important de noter que ce business model commence à atteindre ses limites. En effet, durant les premières années de lancement, Pumpkin ne faisait face à aucun concurrent. A présent, la compétition est rude sur le marché avec notamment l’émergence de Lydia. Par conséquent, le monopole de Pumpkin est largement remis en cause, surtout une fois mis en perspective avec les déficiences grandissantes de la plateforme. Ainsi, ce qui avait rendu possible la croissance de la plateforme est en train de faire défaut à cette dernière, à l’image de la future rupture de contrat des associations de SciencesPo sur le campus de Reims.
Jusqu'à lors, le renouvellement du contrat avait lieu juste après les périodes de campagne des associations étudiante, lorsque les changements d'exécutif se font entre ancien et nouveaux bureaux, rendant compliqué un changement de contrat. Cela était également un élément de la stratégie de Pumpkin pour garder le monopole au sein d'écoles comme SciencesPo.

Utilisation de Pumpkin au sein d’une communauté: exemple de SciencesPo

La majorité des étudiants concernés par notre étude utilisent Pumpkin dans l’enceinte de SciencesPo, car c’est l’application utilisée par les associations étudiantes qui organisent la vie sociale du campus. Ainsi, avant même d’arriver sur le campus, les futurs étudiants sont invités à télécharger l’application pour obtenir le billet de la traditionnelle semaine d’intégration.

Dès lors, l’application devient le moyen de paiement privilégié de la « sphère SciencesPo« , car tous les étudiants l’ont sur leur téléphone et sont encouragés à l’utiliser dans leurs dépenses quotidiennes. Aujourd’hui, de nombreuses applications de paiement existent, mais c’est par le cercle social et l’influencent exercées par ses pairs qu’elle se développent et atteignent un public plus large. On peut donc voir dans ce cas précis que ce n’est plus tant Pumpkin qui apporte et développe une fonction sociale, mais l’environnement et les liens sociaux pré-existants au sein de la communauté étudiante qui nous incitent à utiliser Pumpkin, faute de concurrent utilisé unanimement par les étudiants. C’est surtout le cas pour les étudiants étrangers, très présents au sein du campus, qui ne connaissent pas forcément les autres applications de paiement mobile françaises comme Lydia ou Lyf Pay (deux plus gros concurrents), et qui utilisent ainsi exclusivement Pumpkin.

Enfin, Pumkin impacte l’espace social de SciencesPo même, comme en témoigne le développement d’un langage particulier centré autour de l’application. Entre étudiants, il est commun d’entendre un « je te Pumpkin! » à la place d’un « je te rembourse », et les échanges sont généralement facilités car on sait qu’on pourra se tourner vers ce moyen de paiement en un clic si une échéance n’est pas respectée.

Conclusion

Pumpkin est une application de plus en plus utilisée, en particulier par la jeune génération. Cette stratégie de ciblage des universités semble d’ailleurs s’intensifier depuis le rachat de la start-up par le Crédit Mutuel Arkéa.

Pumpkin semble s’être muée en néo-banque, et participe à l’amélioration de l’image des banques traditionnelles et à leur stratégie de modification de l’offre bancaire pour répondre aux nouveaux enjeux contemporaines, et en particulier, le numérique.

Pumpkin développe un double discours, mettant en avant une fonction sociale d’un côté et une fonction économique de l’autre, qui se traduit sur le site internet et plus généralement sur l’application.

Les utilisateurs, quant à eux, voient en Pumpkin, une possibilité de lutte contre l’embarras en décomplexant les échanges d’argent. Cependant, ils sont loin de considérer Pumpkin comme un réseau social. Malgré le fort travail fait pour mettre en avant la fonction sociale de l’application, les utilisateurs sont conscients de l’objectif de Pumpkin qui est l’intensification des interactions économiques. Il sont conscients, qu’à travers différentes stratégies, l’application encourage la dépense mais s’en accommode dans la mesure où ils y trouve des intérêts : la facilité de paiement et la lutte contre l’embarras.

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