La traduction du discours

Le discours des gestionnaires et concepteurs de Pumpkin se traduit au niveau du design du site de la plateforme, et de l’application en elle-même. Nous avons ainsi étudié la stratégie de communication et de marketing de la start-up afin de voir comment ses objectifs se traduisaient dans sa présentation.

Sur le site internet :

  • Simplicité : pas de menu, on a juste à défiler pour changer de rubrique, l’utilisation est assez intuitive
  • Code couleur : bleu et rose

D’abord, les concepteurs nous expliquent ce qu’est l’application et pourquoi il faut la télécharger. Ensuite, ils utilisent quelques chiffres et quelques commentaires positifs qui viennent compléter la description de l’application. Puis, on nous explique que c’est un groupe français qui a créé l’identité sonore de Pumpkin : les concepteurs encouragent ceux qui le veulent à proposer leur musique pour tenter de gagner une rencontre avec le duo.

Pour le contact, la plateforme fait référence à l’utilisation d’application dites jeunes, comme Messenger ou WhatsApp, et offrent la possibilité de chatter avec l’équipe.

Ainsi, le design semble parfaitement traduire le discours, pour renforcer l’idée de réseau social promue par la plateforme. On retrouve notamment comme procédés stratégiques l’utilisation de couleurs « accueillantes », d’émoticônes, du langage familier et du tutoiement pour rapprocher l’application des utilisateurs.

Cependant le site ne traduit que la partie la plus ‘sympa’ du discours en effaçant le rapport à la banque.

D'après l'analyse des nombreux articles qui ont été lus, nous avons remarqué cet oubli, interprété comme volontaire. Comme on a pu le voir, Pumpkin souhaite révolutionner notre rapport à l’argent en décomplexant les échanges économiques, et souhaite se séparer de l’image complexe, distante, et répulsive souvent associée aux banques. Lors de nos recherches, nous avons appris que l’application avait été rachetée l’année dernière par… le Crédit Mutuel Arkéa, branche du Crédit Mutuel, première banque mutualiste française avec près de 30 millions de clients et un PNB supérieur à 15 milliards d’euros par an. On est donc loin d’une application dont le simple but est de décomplexer l’échange d’argent. 

Le rachat de Pumpkin semble s’inscrire dans une volonté de redorer l’image de la banque (comme ce fut le cas par exemple avec le rachat de la cagnotte en ligne Leetchi en 2015).
Ainsi Pumpkin, l’application de «  paiement entre potes » semble s’être muée en néo-banque véhiculant l’image d’un capitalisme sympa afin de renforcer les interactions économiques.

Dans l’application :

Captures d’écran de l’interface mobile de l’application Pumpkin: aspect économique
Capture d’écran de l’interface mobile de l’application Pumpkin: aspect social

L’analyse du design de plateforme permet de comparer le discours porté par Pumpkin, et partiellement traduit sur le site internet.

Etant donné que l’application permet le paiement en ligne, il est évident qu’elle est en partie axée sur la fonction économique avec le compte, le solde, l’historique des paiements l’IBAN, la possibilité d’entrée une carte bancaire pour augmenter la capacité de paiement, la possibilité de transférer de l’argent vers sa banque et enfin l’ardoise qui permet à Pumpkin de calculer les dépenses.

Contrairement au site internet, le Crédit Mutuel Arkéa est mentionné dans l’application en tant que partenaire pour les cartes bancaires.

Un fil d'actualité personnel répertorie sur la page d'accueil, sous la fonction "Payer ou Demander de l'argent", les transactions personnelles (argent envoyé ou reçu). Y sont indiquées le montant exact de la transaction et les commentaires associés, ce qui permet de garder un oeil sur ses dépenses, et de vérifier très facilement quelles transactions ont été réalisées récemment. 

« Fatigué(e) de devoir payer ou réclamer un abonnement à un(e) pote tous les mois ? Pumpkin s’en occupe pour toi ! »

« Laisse l’Ardoise calculer qui doit quoi ! Faire les comptes devient un jeu d’enfant ! »

On peut voir que l’application agit comme un facilitateur des échanges économiques en soulageant les utilisateurs de procédures parfois complexes. Mais à travers cela, Pumpkin semble éloigner l’utilisateur de son argent puisque que c’est l’application qui le gère. L’argent semble donc être doublement dématérialisé : avec les paiements en ligne et avec la création d’une distance avec l’utilisateur. 

Par conséquent, l’application pourrait encourager la dépense: l’utilisateurs, à travers les stratégies de Pumpkin, pourrait oublier la notion même de l’argent. Mais n’est-ce pas l’objectif ?

Comme on a pu le voir à travers le discours et sa traduction dans le site internet, la fonction sociale occupe également une place prépondérante dans l’application. Cette dernière se manifeste à travers l’utilisation du tutoiement, du langage familier mais aussi la possibilité pour les utilisateurs, d’interagir entre eux lors des échanges d’argent, les rendant moins tabou ou repoussants. La fonction sociale valorisée pourrait alors être une stratégie pour décomplexer l’échange d’argent et ainsi encourager la dépense.

En effet, lors des transferts d’argent, l’utilisateur est invité à laisser un petit message ou « commentaire » accompagnant la transaction. Cela peut servir soit à indiquer ce à quoi la transaction correspond, ainsi il devient plus facile de tenir ses comptes et se remémorer de façon précise à quoi la dépense effectuée était liée, ou bien de laisser un petit message de remerciement ou un commentaire affectueux à l’intention de l’ami qui reçoit le paiement. Cette fonction de message est également proposée lorsqu’on effectue une demande de paiement Pumpkin, c’est-à-dire lorsqu’on demande de l’argent à quelqu’un.

Bien entendu, les commentaires ne seront pas rédigés de la même manière selon la personne à qui la transaction est adressée:

  • Pour un paiement à caractère plus formel (billet pour un événement organisé par une association, transfert à une personne qu’on connait peu, ou à tout autre forme d’institution ou de personne étrangère au « cercle SciencesPo »), les commentaires sont soient absent, soit concernent l’objet de la transaction comme expliqué précédemment.
  • Pour un paiement à caractère informel, le fameux « remboursement entre potes », les commentaires sont souvent plus personnels et accompagnés d’anecdotes ou de formulation plus familières et affectueuses.

Enfin, si l’utilisateur le souhaite, ses transactions peuvent être publiques: il existe en effet sur l’application Pumpkin une interface similaire à ce qu’on pourrait qualifier de « fil d’actualité ». Visible seulement lorsqu’elles concernent des personnes considérées comme amis, c’est-à-dire des personnes avec qui on a déjà réalisé une transaction, il est dès lors possible d’y réagir par un j’aime ou un commentaire comme un réseau social classique. Cependant, bien que l’identité des personnes entre lesquelles des transactions ont été réalisées et les commentaires qui les accompagnent y soient indiquées, le montant n’est pas affiché.

L’échange d’argent reste donc confidentiel, car on ne connait pas la somme dépensée ou demandée par ses amis lorsque les transactions ne nous concernent pas. Cela peut sembler logique, mais il est surprenant qu’on ait accès à ces commentaires plus « personnels », mais pas à quoi ils font concrètement référence.


Ainsi, l’interface et ses possibilités inspirées des codes de communication des réseaux sociaux permettent bien de rendre le transfert d’argent plus décomplexé et ludique. L’argent est dématérialisé, on peut plaisanter sur le sujet, au final ce qui compte n’est non plus le montant mais la petite attention qu’on transmet à l’autre. Cependant, une fois encore, cet objectif n’est atteint que lorsque les personnes concernées ont déjà un certain lien d’intimité. Il n’est pas vérifié que Pumpkin accentue voire crée du lien social, car les utilisateurs en font un usage différent selon l’objet de leur transaction, et à qui elle s’adresse.

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