Afin de récolter puis d’analyser les données nécessaires à notre enquête, nous avons réalisé un questionnaire en ligne anonyme (afin de garantir plus de liberté et d’honnêteté dans les réponses) à l’attention du public visé par Pumpkin, diffusé dans l’enceinte des groupes Facebook de Sciences Po Reims, puis en les interrogeant directement. Les questions sont orientées en fonction des différents problèmes soulevés par le sujet, afin de nous intéresser cette fois au point de vue des utilisateurs de la plateforme.
Questionnaire à destination des étudiants de Sciences Po
Notre questionnaire en ligne (Google Form) est composé de 18 questions, sous forme de questionnaires à choix multiples où l’utilisateur peut choisir une ou plusieurs réponses, et quelques questions ouvertes ou l’interrogé est amené à porter un avis personnel et à développer un peu plus précisément ses points de vue et ressentis vis-à-vis de l’application.
Nous avons cherché à déterminer les rapports des étudiants avec l’embarras, leur utilisation de Pumpkin, leurs attentes, leur satisfaction, le rapport avec le côté “réseau social”, avec les interactions économiques, leur perception de l’application…
Les réponses à ces questions sont regroupées et analysées par thématiques.
1. La plateforme et l’utilisation qui en est faite




Tous les étudiants interrogés utilisent Pumpkin, et ce de manière régulière, pour toutes les dépenses liées aux événements SciencesPo, puis par extension aux échanges d’argent entre étudiants pour tous les petits gestes du quotidien.
Ainsi, il apparaît qu’elle reste peu utilisée en dehors des échanges amicaux, qui peuvent être définis comme échanges entre des personnes qui se connaissent déjà plus ou moins bien, ici entre étudiants de la même école, parfois amis proches, membres d’une même association, colocataires…
2.Les objectifs de la plateforme et ceux des utilisateurs
Faciliter les transactions économiques



L’objectif de la plateforme, qui est de faciliter les échanges économique semble être atteint de manière satisfaisante. En effet, la majorité des interrogé admet que les échanges d’argent restent un sujet assez tabou, mais que la plateforme Pumpkin aurait un effet positif sur la demande de transactions. Même si plusieurs personnes restent gênées, les transactions économiques sont facilitées dans plusieurs domaines.
L’application semble d’abord intéresser les utilisateurs d’un point de vue économique car il remplit la fonction d’un porte-monnaie virtuel. De plus, les utilisateurs semblent davantage ressentir la lutte contre l’embarras qui s’inscrit dans le discours de Pumpkin.
Fonction sociale de la plateforme




Les résultats semblent plus mitigés concernant l’aspect social de l’échange.
Le design de l’application atteint sa cible, et est reconnu par les utilisateurs comme plaisant. Les codes du réseau social sont facilement identifiés par le public visé.
Cependant, dans l’imaginaire collectif, c’est l’aspect financier qui prédomine: les interrogés ont répondu à l’unanimité ne pas considérer l’application Pumpkin comme un réseau social à proprement parler. En effet, quand on considère la multitude de réseaux qui existent aujourd’hui et leurs objectifs différents (communication rapide, partage, établir une sphère d’influence), on constate que bien souvent la notion d’argent est camouflée, sous forme de publicités sur Facebook par exemple, ou de placements de produits sur Instagram. Le fait que le but de cette application soit directement axée sur l’échange d’argent incite les utilisateurs à le limiter à cette fonction première et à occulter les possibilités sociales offertes par l’application. Elles sont bien présentes et utilisées mais plutôt de manière inconsciente car englobant un mode de communication représentatif de la société actuel, mais il n’est pas clairement établi dans l’intentionnalité de la démarche des utilisateurs. C’est pourquoi Pumpkin ne permet pas de « renforcer le lien social » selon les utilisateurs.
Cependant, l’objectif de dé-complexification de l’échange est relativement bien atteint. Certes, la fonction économique n’est pas occultée par l’aspect social, mais elle est néanmoins facilitée.
3.Les attentes des utilisateurs



Nous avons invité les étudiants à ajouter leur avis et commentaires personnels concernant l’application Pumpkin. Ainsi, il en ressort quelques défauts: bug parfois au niveau des paiements (souvent concernant les transactions importantes), les commissions parfois lourdes prises par l’application qui peuvent en décourager l’utilisation, ou encore un fonctionnement contre-intuitif.
Le service de remboursement est également contesté. Bien qu’il soit assez réactif par email ou par téléphone, les délais sont parfois trop long. Concernant des questions d’argent, cela peut crisper les utilisateurs, surtout étudiants, qui ont parfois besoin de cet argent dans des délais courts.
Question directe à destination des étudiants de Sciences Po
En plus du questionnaire, nous avons décidé d’interroger directement les étudiants de Sciences Po, utilisateurs de Pumpkin, pour connaître leur rapport à l’application en particulier sur le renforcement des échanges d’argent.
Nous leur avons posé cette question :
Pensez que Pumpkin puisse encourager la dépense d’argent ?
La réponse est sans appel: les 10 utilisateurs interrogés ont répondu OUI.
Pour eux, l’application fait oublier que l’on échange de l’argent car elle agit à la place des utilisateurs.
« Il suffit de cliquer, Pumpkin fait le reste et hop, 20€ de transférer sans même y avoir pensé »
« Evidemment que ça encourage la dépense, on finit même par oublier que c’est de l’argent : on ne le touche pas, on ne le gère pas vraiment, on ne sait plus ce que c’est »
« On se dit qu’on peut dépenser : par exemple, moi, je préfère faire un Pumpkin plutôt que donner de l’espèce, comme ça je n’ai pas l’impression de vraiment payer et de vider mon compte (rire) »
Par conséquent, on peut dire que la stratégie d’encouragement de la dépense semble être celle adopté par Pumpkin pour renforcer les échanges, et cette stratégie semble également être connue des utilisateurs de la plateforme. Néanmoins, cette stratégie ne semble pas être critiquée par les utilisateurs qui y trouve un intérêt : la facilité et un moyen d’éviter l’embarras.
L’application développe une fonction sociale majeure qui peut être perçue comme un moyen de lutter contre l’embarras. Mais derrière cela, se cache une stratégie commerciale : décomplexer l’échange d’argent, jusqu’à faire oublier que l’on échange de l’argent, dans le but d’encourager la dépense et de renforcer les interactions économiques.
Conclusion
Les utilisateurs interrogés semblent comprendre le discours de Pumpkin, notamment sur la fonction sociale, mais semblent s’en désintéresser : ce n’est pas ce qu’ils recherchent à travers l’application. Cependant, malgré cela, l’embarras semble tout de même être une préoccupation centrale concernant les transactions d’argent, partiellement résolue grâce à l’utilisation de la plateforme Pumpkin.
Les utilisateurs semblent davantage être concernés par les intérêts économiques de la plateforme, et son utilisation simple pour le remboursement des proches ou les demandes d’argent entre étudiants.
Pumpkin remplit donc partiellement ses objectifs car elle arrive à véhiculer de manière compréhensible son discours, mais les utilisateurs finissent par s’approprier la plateforme de manière différente pour satisfaire leurs seules exigences économiques.